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Du plaidoyer à l'action

Réflexions sur l'élaboration du premier plan d'action national italien sur la jeunesse, la paix et la sécurité

Dans cet article, Sustainable Cooperation for Peace & Security (SCPS) revient sur l'élaboration du premier Plan d'action national italien sur la jeunesse, la paix et la sécurité, en partageant des observations issues de sa participation directe à ce processus. À travers cette contribution, SCPS met en lumière la transition entre un plaidoyer soutenu de la société civile et des mesures institutionnelles concrètes, soulignant les efforts collaboratifs qui ont rendu possible cette avancée majeure.

Du plaidoyer à l'action: Réflexions sur l'élaboration du premier plan d'action national italien sur la jeunesse, la paix et la sécurité

L'adoption du premier Plan d'action national (PAN) italien sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité (JPS) marque une étape historique dans l'évolution de l'approche du pays en matière de consolidation participative de la paix et de gouvernance inclusive de la sécurité. Signé en 2026 par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale en collaboration avec le ministère des Sports et de la Jeunesse, ce plan reflète non seulement l’adoption d’un cadre politique, mais aussi l’institutionnalisation d’un effort national plus large visant à ancrer la participation des jeunes au sein de l’architecture italienne de paix et de sécurité.

Plus largement, le processus italien offre des enseignements précieux à la communauté internationale de consolidation de la paix sur la manière dont un plaidoyer soutenu, une coopération institutionnelle et un engagement significatif de la société civile peuvent traduire des engagements normatifs mondiaux en actions nationales concrètes.

Un processus ancré dans la mobilisation de la société civile    

La paix et la sécurité ne sont pas des concessions ou des faveurs accordées par l’État ; ce sont des droits fondamentaux. Pour les jeunes, ces droits se traduisent par des axes d’action publique clairement identifiables.

Le parcours de l’Italie en matière de Jeunesse, Paix et Sécurité n’est pas né de lui-même, ni n’est le résultat exclusif d’une initiative institutionnelle. Il s’est construit sur des années de plaidoyer soutenu et de formation de coalitions menés par des organisations de jeunes, des acteurs de la société civile et des praticiens de la consolidation de la paix engagés à adapter l'agenda Jeunesse, Paix et Sécurité au contexte italien.

Un moment décisif de ce processus s’est produit en décembre 2023, lorsque des organisations de la société civile œuvrant à la mise en œuvre de la résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies ont convoqué une conférence de presse à la Chambre des députés italienne, lançant officiellement un processus de plaidoyer public et intégrant l’agenda YPS dans le discours parlementaire et institutionnel italien.1

Cette dynamique s’est encore consolidée le 5 avril 2024 avec la signature du Manifeste italien Jeunesse, Paix et Sécurité2, approuvé par une coalition d’organisations italiennes et internationales. Inspiré par la résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies, le Manifeste appelait à l’établissement d’un plan d’action national, à la création d’un secrétariat conjoint entre les institutions et la société civile, et à l’allocation de ressources financières adéquates pour garantir une mise en œuvre significative.3 4

Ces étapes étaient loin d'être purement symboliques. Elles reflétaient la consolidation d'une coalition nationale capable de créer la dynamique politique nécessaire pour passer du plaidoyer à l'action institutionnelle.

Institutionnaliser la jeunesse, la paix et la sécurité en Italie    

À l'issue de cette phase de plaidoyer, le processus JPS s'est transformé en un cadre institutionnel structuré, coordonné par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (MAECI), sous la direction de l'ambassadeur Luca Fratini, coordinateur pour les Femmes, la Paix et la Sécurité (FPS), la Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS), de la Médiation, et directeur adjoint chargé des affaires onusiennes et des droits de l’homme, en collaboration avec la professeure Cristiana Carletti, experte au sein du Comité interministériel pour les droits de l’homme du ministère italien des Affaires étrangères. Ce positionnement renforce le rôle du JPS non pas en tant que domaine politique autonome dédié à la jeunesse, mais en tant que composante intégrante du programme plus large de l’Italie en matière de politique étrangère, de consolidation de la paix et de coopération internationale.

Ce processus a été soutenu par un groupe institutionnel central composé du Département des politiques de la jeunesse et de la fonction publique du Cabinet du Premier ministre, du ministère des Sports et de la Jeunesse, de l’Agence italienne pour la jeunesse et du Conseil national de la jeunesse.

Cette architecture de gouvernance reflète la nature transversale de l'agenda JPS. La Jeunesse, la Paix et la Sécurité ne peuvent se limiter à un seul domaine politique; elles recoupent les affaires étrangères, la participation des jeunes, l’éducation, les stratégies de prévention, l’inclusion sociale et la coopération au développement. Le modèle italien met donc en évidence l’importance des mécanismes de coordination interinstitutionnelle capables de faire le lien entre de multiples secteurs de la gouvernance.

Un engagement politique ne suffit pas s'il n'est pas accompagné des mécanismes de coordination institutionnelle nécessaires pour garantir la cohérence, la communication et l'harmonisation opérationnelle entre toutes les parties prenantes concernées.

Un véritable processus de co-création  

L'un des aspects les plus prometteurs de l'expérience italienne a été l'implication constante de la société civile tout au long des phases d'élaboration et de consultation du Plan d'Action National.

Les organisations de la société civile n'ont pas été sollicitées uniquement en tant que parties prenantes externes, mais ont participé activement à l'ensemble du processus, en contribuant aux discussions, en définissant les priorités et en formulant des recommandations politiques de fond. Bon nombre des priorités thématiques figurant dans le Plan final découlent directement des contributions de la société civile recueillies lors des consultations.

La rédaction technique du Plan a été confiée au Comité Interministériel pour les Droits de l’Homme (CIDH) au sein du ministère des Affaires étrangères, garantissant à la fois la rigueur technique et la cohérence avec les cadres plus larges des droits de l’homme et multilatéraux.

Cette approche démontre qu’une participation significative à l’élaboration des politiques relatives aux jeunes en situation de précarité est possible lorsque la société civile est reconnue non pas comme un acteur externe, mais comme un partenaire à part entière dans la conception des politiques.

C'est maintenant que le vrai travail commence 

Si l'adoption du Plan d'action national constitue une avancée majeure, elle doit être considérée comme un point de départ plutôt que comme une fin en soi.

"C'est dans sa mise en œuvre que réside le véritable test de l'engagement de l'Italie envers le programme Jeunesse, Paix et Sécurité" - Luca Fratini.

Un simple soutien politique ne suffit pas. Pour obtenir un impact durable, il faudra un engagement institutionnel à long terme, des mécanismes de financement prévisibles et dédiés, des cadres de suivi solides et une responsabilisation continue entre les institutions et la société civile.

Il est tout aussi important de veiller à ce que les principes de la Jeunesse, de la Paix et de la Sécurité dépassent le cadre du Plan d’action national lui-même et soient intégrés dans des cadres plus larges de consolidation de la paix, de prévention, de développement et de gouvernance.

Enseignements généraux pour la communauté internationale  

L'expérience de l'Italie offre plusieurs enseignements à l'ensemble de la communauté œuvrant pour la consolidation de la paix et aux jeunes, aux adolescents et aux enfants (JPS).

Premièrement, elle réaffirme l'importance d'un plaidoyer soutenu et de la création de coalitions pour générer une dynamique politique en faveur du changement institutionnel.

Deuxièmement, elle démontre comment un processus décisionnel inclusif et participatif peut renforcer à la fois la légitimité et la qualité des cadres nationaux de consolidation de la paix.

Troisièmement, elle souligne que la politique Jeunesse, Paix et Sécurité (JPS) ne devient véritablement efficace que lorsque les jeunes et la société civile sont reconnus non pas comme des bénéficiaires ou des personnes consultées, mais comme des co-créateurs de la politique de paix et de sécurité.

En fin de compte, le premier Plan d’Action National italien sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité doit être compris non seulement comme une réussite politique, mais aussi comme l’institutionnalisation d’une transformation plus large de la manière dont est définie la participation à la gouvernance de la paix et de la sécurité.

Alors que de plus en plus de pays s'efforcent d'adapter l'agenda JPS à leur contexte local, l'exemple italien met en évidence un enseignement essentiel : pour construire une paix durable, il ne suffit pas de reconnaître les jeunes comme des parties prenantes, il faut aussi leur donner les moyens d'agir en tant que partenaires.

L'engagement de la société civile s'est également étendu au-delà du processus officiel de rédaction, contribuant ainsi à un renforcement plus large des capacités de l'agenda JPS et aux efforts de dialogue international. En octobre 2024, le SCPS a mis en œuvre une formation sur la localisation de l'agenda JPS, financée par l’Agence italienne pour la jeunesse, qui a réuni 21 jeunes participants venus d’Italie, de Roumanie, d’Albanie, de Turquie, d’Espagne, de Lituanie et des Pays-Bas. Il convient de noter que cette initiative a été financée en dehors du cadre du Plan d’action national et indépendamment des sources de financement du ministère des Affaires étrangères, ce qui souligne à quel point la localisation de l'agenda JPS progresse déjà grâce à des mécanismes institutionnels complémentaires, au-delà des structures politiques formelles.

À cet égard, il est également important de replacer l'expérience italienne dans le contexte plus large de l'écosystème européen de la jeunesse, de la paix et de la sécurité. La deuxième conférence de l'UE sur la jeunesse, la paix et la sécurité, qui s'est tenue à Bruxelles du 10 au 14 novembre 2025, a démontré cette interdépendance en réunissant la société civile, les jeunes artisans de la paix, les institutions de l'UE et les États membres.5 Quatre représentants de Sustainable Cooperation for Peace & Security (SCPS) ont activement contribué aux différentes sessions et apporté une contribution substantielle à la déclaration commune sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité, soulignant ainsi l'importance d'un engagement structuré de la société civile dans l'élaboration des engagements au niveau européen.

Au-delà de la dimension européenne, le renforcement de la collaboration entre l’Europe et l’Afrique reste tout aussi essentiel pour faire progresser l’agenda JPS à l’échelle mondiale. Les échanges interrégionaux jouent un rôle crucial dans la promotion de l’apprentissage mutuel, le partage des meilleures pratiques et la mise en place de partenariats durables entre les jeunes artisans de la paix et les institutions opérant dans des contextes différents. Dans cet esprit, en octobre 2025, SCPS a organisé un symposium sur la jeunesse, la paix et la sécurité à Addis-Abeba en collaboration avec son partenaire Positive Peace Ethiopia (PPE)6, créant ainsi une plateforme de dialogue et d’échange entre les parties prenantes de différentes régions. Des initiatives telles que celles-ci démontrent l’importance de relier les expériences locales aux cadres internationaux tout en favorisant l’apprentissage entre pairs et une coopération transrégionale renforcée dans la mise en œuvre du JPS.

À l'avenir, l'Italie a une occasion unique de se positionner non seulement comme une référence au niveau national, mais aussi comme un acteur de premier plan dans l'architecture européenne et internationale de la politique de la jeunesse. Il sera essentiel de renforcer la phase de mise en œuvre du Plan d'Action National, tout en garantissant un engagement soutenu dans les processus régionaux et mondiaux liés à la politique de la jeunesse, afin de traduire l'engagement politique en résultats durables.

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